22.1.12

Espace-temps / quelques pistes et références

Voici quelques exemples, issus de l'art vidéo mais également d'autres activités artistiques, qui portent en eux, de façon plus ou moins évidente, une réflexion sur la notion "d'espace-temps". On retrouve les éléments constitutifs du cinéma et de l'art vidéo : zoom, travelling, champ/contre-champ, ralenti, accélération, enregistrement direct, split-screen, raccord/faux-raccord, etc.

Christian Marclay / le montage : quant le temps réel et celui de la fiction se mélangent





Christan Marclay, The Clock, 3000 extraits de films et séries télévisées, 24 heures, 2010, extrait de la captation d'un projection du film.
"Le principe de cette installation vidéo de Christian Marclay est simple : il s'agit d'un collage d'extraits de films et séries télévisées dans lequel apparaissent horloges, montres, réveils, etc. Ces séquences ont été tissées de manière à reconstituer une journée de 24 heures. L'ensemble est diffusé en fonction du temps réel. En d'autres termes, lorsque dans le film, une horloge indique 16 heures, il est également 16 heures à la montre du spectateur. L'objectif est d'immerger le visiteur dans trois temps opposés et pourtant complémentaires. Le temps de la fiction, avec ces nombreux extraits de films et séries. Un temps passé et personnel, jeu de mémoire, et un temps présent, analogique, avec le temps permanent dans la vidéo, qui passe à la même vitesse que le temps réel." Un texte sur cette œuvre à lire ici.

Douglas Gordon / le ralenti de 24h Psychose
Le processus étend la durée d’un film Psychose d’Alfred Hichccok sur 24 heures, pour le rapprocher du temps réel de l’action du film ou temps diégétique. "L’action s’en trouve diluée, et enlève tout le suspense du film d’épouvante."





Extrait de la vidéo visible : http://www.wat.tv/video/24-hours-psycho-bref-extrait-41plb_2tg2r_.html

Marc-antoine Mathieu /
le zoom : la traversée de l'espace, la ligne de temps


Marc-antoine Mathieu, 3 secondes, 2011

"3 secondes de Marc-Antoine Mathieu est autant une bande dessiné qu'une animation numérique. L'artiste place le lecteur dans « la peau » d’un photon, une particule de lumière qui se déplace à 300 000 km/s, de reflets en reflets. C'est aussi une histoire, un polar ludique en forme de zoom continu au ralenti dans une ville, un avion, et jusqu’à la Lune, etc." Ce qui nous intéresse ici est la ligne continue, la ligne-lumière, un continuum, traversant les espaces et formalisée ici astucieusement par un simple mouvement de zoom.

Connectez vous sur le site. Le mieux est que vous alliez voir de vous-mêmes.
http://www.editions-delcourt.fr/3s/ / Mot de passe : 33miroirs

Dans une certaine mesure, ce travail peut renvoyer aux recherches de Maurits Cornelis Escher, qui a tenté de représenter des aberrations spatio-temporelles dans certains de ses dessins.




Mohamed Bourouissa / les moyens de communication : champ-contrechamp à distance pour abolir la séparation


Mohamed Bourouissa, Temps Mort, dv, 18min, 2009
Synopsis : "Il s'agit d'une correspondance entre deux individus, l'un est enfermé et l'autre est en prison. Tout le film se construit sur cet échange de textes (sms), d`images et de paroles. Le film commence par la mise en place du processus filmique (d'une certaine manière, le début film raconte la réalisation de l'objet filmique) pour devenir petit à petit un film qui questionne les notions de liberté et d'enfermement".
Au-delà de la question de la liberté et de l’enfermement, ce qui me paraît très intéressant dans cette vidéo est l'utilisation d'un champ/contrechamp à distance permis par l'utilisation de téléphones portables. On voit ici l'imbrication de deux espaces, de deux univers qui sont pourtant éloignés, séparés.
Mohamed Bourouissa met en scène à distance en faisant du téléphone portable un point de jonction filmique, une sorte de troisième espace dans lequel les deux protagonistes de la vidéo se retrouvent. Autrement dit, Bourouissa abolit l'espace qui les sépare par l'objet-film qui, lui, reste virtuel. Au moyen d'un montage par analogies, l'artiste joue à déplacer et à confondre "l'extérieur" et "l’intérieur", comme pour abolir les frontières qui le séparent du prisonnier.

Julien Discrit / habiter la course du temps pour une autre stratégie du récit


Julien Discrit, Marathon Life, 2005 /
Extrait vidéo visible sur le site de l'artiste http://www.juliendiscrit.org/projets/marathon-life/

"CJ : Quel est le rapport au temps qui s'inscrit intrinsèquement dans cette course quasiment en temps réel ? Le curseur temporel se déplace en fonction du déroulement de la course, et maintient le récit dans une actualité immédiate, "ici et maintenant". Il n'y a pas de passé ou de futur, que du "présent" qui s'égrène et qui finit par constituer du passé, progressivement.
Julien Discrit : Marathon Life tient plus d'une réflexion sur l'expérience du temps et de la narration. Dans le film, le coureur agit comme une voix off, sur des images qui restent invisibles, un peu à la façon de Chris Marker dans Sans soleil. Le film donne l'impression d'être au style indirect, bien que le personnage semble incarner cette parole, par sa course et par son discours. Dans la première partie du film, relative à l'enfance, le récit procède par "flashs", quelques mots ou bribes de phrases. C'est une façon de retranscrire des souvenirs d'enfance, forcément incomplets. J'ai essayé de maintenir, tout au long du film, cette adéquation entre le discours, la course et le parcours, trois termes qui ont la même racine. L'histoire du film est à la fois ce qu'il se dit et aussi ce qui se voit, c'est-à-dire un homme courant en pleine nuit et qui parle tout seul, ou qui se parle à lui-même, on ne sait pas vraiment. Ces imbrications finissent par créer une temporalité variable, un rapport relatif au temps, suivant le point de vue adopté."
Lire l'interview en entier ici.

Dan Graham / l’enregistrement, le différé, le retard



http://www.youtube.com/watch?v=aLNfUB7JtA4

Present Continuous Past(s), de Dan Graham est une installation vidéo intéractive. Le spectateur pénètre dans une pièce dans laquelle se trouve un miroir qui réfléchit le temps présent ainsi qu'un écran qui renvoie l’image de cette même pièce mais avec 8 secondes de retard. "Ce qui, à première vue, semble être une expérience basique sur la conscience de soi, prend la forme pour le public d'une leçon sur le feedback, le regard, l'auto-analyse". Ce qui peut nous intéresser ici est l'effet de retard ici produit par le dispositif vidéo.